BATI_NRJ

Qualité de l'air intérieur

Moteur
Obligation sanitaire dans les ERP recevant des enfants
Échéances
2023 · 2025 · 2026
Qui finance
Collectivités · Budget de fonctionnement
Encadrement
Surveillance de la qualité de l'air intérieur en ERP · RE2020 — réglementation environnementale
Acteurs
OQEI · Cerema · Santé publique France · ASNR · CSTB

Le sujet

Nous passons environ 80 % de notre temps en espace clos. Depuis 2023, les établissements recevant des enfants ont une obligation de surveillance de la qualité de l'air. Le dispositif existe, il est sanctionné — et il n'est presque pas appliqué.

C'est aussi le thème qui met en tension frontale la performance énergétique et la santé : plus un bâtiment est étanche, plus il dépend d'une ventilation correctement dimensionnée, posée et entretenue.

Cadrage chiffré

DonnéeValeurAnnéeSource
Établissements ayant transmis une campagne de mesure au titre de 2024186 — pour un parc scolaire de plus de 58 000 établissements2024, publié 2026OQEI, rapport annuel SRQAI
Régions n'ayant transmis aucune campagne en 2024Normandie et Corse2024OQEI
Pièces mesurées sans aucun système de ventilation11,8 % ; VMC simple flux dans 42,1 % des pièces2024OQEI
Établissements à indice de confinement CO₂ maximal15,6 %2024OQEI
Concentration moyenne de formaldéhyde16,3 µg/m³ ; dépassement du seuil de signalement (100 µg/m³) dans 1,1 % des établissements2024OQEI
Cas d'asthme évitables chez les 6-11 ans en réduisant le formaldéhyde en classe≈ 30 000/an ; 12 000 cas de sifflements évitables en éradiquant les moisissures visibles2024Santé publique France
Confinement de l'air « très élevé ou extrême »22 % des maternelles, 55 % des écoles élémentairescampagne 2013-2017OQAI
Décès annuels attribuables au radon≈ 3 000, soit ≈ 10 % des décès par cancer du poumon — 2ᵉ cause après le tabac2024ASNR
Population en zone à potentiel radon 312,2 millions d'habitants (18 %), dans 72 départementszonage 2018ASNR
Logements équipés de VMC dont les débits sont inférieurs aux valeurs de référence50 % ; 30 % des logements sans système ou avec dispositifs partielscampagne 2003-2005OQAI — donnée vieille de plus de vingt ans, jamais remplacée
Coût socio-économique annuel de la pollution de l'air intérieur19,5 Md€étude 2014 sur données 2003-2005Anses / OQAI — chiffre ancien, jamais réactualisé
Décès prématurés attribuables à la pollution de l'air intérieurplus de 20 000/anétude 2014 sur données 2003-2005Anses / OQAI — même réserve
Taux de conformité national au dispositif de surveillancenon trouvé — aucun organisme ne publie ce ratioà sourcer

Deux lectures à tenir ensemble. Les chiffres les plus spectaculaires — 19,5 Md€, 20 000 décès — reposent sur une campagne de mesure de 2003-2005 et une étude de 2014. Ils sont partout, ils ne sont pas actualisés. À l'inverse, la donnée la plus récente et la plus solide est aussi la plus embarrassante : 186 établissements déclarants sur un parc de 58 000. appréciation

Le cadre, et ce qu'il exige vraiment

Le décret n°2022-1690 et les arrêtés du 27 décembre 2022, applicables depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, ont remplacé les campagnes de mesure périodiques par un dispositif d'évaluation continue en quatre volets :

  1. Évaluation annuelle des moyens d'aération — ouvrants, système de ventilation, mesure du CO₂ à lecture directe. Résultats affichés à l'entrée de l'établissement.
  2. Autodiagnostic tous les 4 ans — première échéance au 31 décembre 2026.
  3. Mesures de polluants — formaldéhyde, benzène, CO₂ — non plus systématiques, mais déclenchées aux étapes clés : travaux, changement d'affectation.
  4. Plan d'actions, mis à jour selon les résultats.

Périmètre : crèches, accueils de loisirs, écoles, collèges et lycées depuis 2023 ; structures médico-sociales, soins de longue durée et établissements pénitentiaires pour mineurs depuis 2025.

Sanction : contravention de 5ᵉ classe, 1 500 à 3 000 € par site.

Seuils : CO₂ à 800 ppm (bas) et 1 500 ppm (haut) ; formaldéhyde à 30 µg/m³ (investigation) et 100 µg/m³ (signalement au préfet) ; benzène à 2 et 10 µg/m³.

Voir la fiche Surveillance QAI en ERP.

Sur le terrain

Le rapport SRQAI 2024 (OQEI, février 2026) est le meilleur cas d'étude du sujet — parce qu'il documente l'échec du dispositif plutôt que sa réussite. 186 établissements déclarants, concentrés en Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne. Deux régions à zéro. Et dans les pièces effectivement mesurées, 11,8 % sans aucun système de ventilation.

École Jules Michelet, Cenon (Bordeaux Métropole). Campagne Atmo Nouvelle-Aquitaine hiver-été 2020-2021 sur une école proche de la rocade : PM10 à 15 µg/m³, PM2,5 à 9, NO₂ à 20, benzène sous les limites annuelles. Niveaux comparables aux stations urbaines de référence et en baisse par rapport à 2014-2015.

Ville de Paris — 44 crèches, écoles et collèges. Campagne 2019-2020 avec Airparif : 36 % d'écart moyen de NO₂ entre la rue et la cour, effet moins marqué sur les PM2,5. Étude centrée sur l'infiltration de la pollution extérieure plus que sur les polluants intérieurs.

Ce qui se débat

Une obligation trop lourde, ou simplement pas appliquée ? Le sénateur Cédric Vial a interpellé le gouvernement sur la lourdeur administrative du dispositif, « extrêmement lourde à suivre notamment pour les petites unités ou les communes rurales », en demandant une simplification. La question, réattribuée d'un ministère à l'autre, est restée sans réponse. Les chiffres du rapport SRQAI donnent raison au constat d'inapplication, sans trancher sur la cause.

Le CO₂ est-il le bon indicateur ? L'Anses avait tranché dès 2012 qu'il n'était pas pertinent de construire une valeur guide sanitaire pour le CO₂ : les effets physiologiques directs n'apparaissent qu'autour de 10 000 ppm, très au-delà des seuils réglementaires de 800 et 1 500 ppm. Le CO₂ reste un bon indicateur de confinement, c'est-à-dire un proxy du renouvellement d'air. Or la réglementation de 2022 en a fait le pilier de l'évaluation annuelle. Utile, mais à ne pas confondre avec une mesure de salubrité.

Étanchéité contre renouvellement d'air. L'OQAI a documenté, sur 72 logements performants, un développement fongique actif dans 47 % d'entre eux contre 37 % dans le parc de référence, et des débits de VMC hygro-réglables conformes dans un cas sur deux seulement. L'organisme soulignait la non-généralisabilité de l'échantillon, mais le mécanisme est structurel : mieux étancher sans dimensionner, poser et entretenir la ventilation dégrade l'air intérieur. C'est le point de contact direct entre ce thème et la rénovation énergétique.

L'entretien des VMC. Point de tension unanimement reconnu par les praticiens, et pour lequel aucune donnée nationale récente et fiable n'existe sur le taux de VMC réellement entretenues. À traiter comme un angle mort documenté, pas comme une controverse chiffrée. à sourcer

Ventilation naturelle ou mécanique, après le Covid. La crise a fait déployer 120 000 capteurs CO₂ dans les écoles pour piloter une aération manuelle renforcée — logique qui s'oppose à celle de la RE2020, qui construit des bâtiments étanches pilotés par VMC. Le HCSP a cadré la pratique par un avis de janvier 2022 ; l'articulation de long terme entre les deux approches reste ouverte, notamment en période de chaleur, où ouvrir les fenêtres en journée aggrave la surchauffe.

Leviers

Verrous

À creuser

Sources

Poids des familles

Aérauliquelevier principal
Systèmeslevier réel
Mesure et pilotagelevier principal
Usages et organisationlevier principal

Lecture. Ces niveaux sont une appréciation de synthèse, pas une donnée mesurée.

Solutions détaillées

Mise à jour : 2026-08-28